Station Radioamateur

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Cette remarque est particulièrement intéressante parce qu'elle contient une part de vérité technique, mais peut aussi devenir une manière de dévaloriser la performance de l'autre. Prenons cet exemple : « J'ai fait ce QSO en QRP, 5 W1, avec ma verticale. » Réponse : « Oui, mais c'est surtout ton correspondant qui a fait le travail avec sa beam à 18 m. » !

Techniquement, ce n’est pas complètement faux

Une liaison radio est bilatérale. La qualité de réception chez le correspondant dépend effectivement de son antenne, sa hauteur, son gain, son environnement, son bruit de réception, et, ces conditions de transmission peuvent effectivement contribuer énormément à la réussite du QSO. Il serait donc faux de prétendre : « J'ai fait le QSO avec 5 W, donc les 5 W sont la seule explication ». Mais il y a une différence entre relativiser techniquement et annuler la performance. Là où cela devient intéressant psychologiquement :

Réponse A : « Bravo ! Avec 5 W et une verticale, il devait avoir une excellente réception pour te copier ». C'est une remarque technique et valorisante.

Réponse B : « C'est surtout lui qui a fait le travail avec sa beam à 18 mètres ».

La même information technique est utilisée autrement. Elle devient pratiquement : « Ton QSO n'est pas vraiment une performance ». L’égo de celui qui vient de faire ce genre de remarque à pris le dessus : sans doute par jalousie. Parce qu'un QSO n'est justement pas un concours de puissance. Le QSO est le résultat de la combinaison : propagation + ( station A + opérateur A ) et (station B + opérateur B). Si votre station est de : 5 W avec une verticale et des conditions de réception ordinaires, et que vous réussissez à être entendu par une station distante équipée d'un beam performante, la beam du correspondant fait effectivement partie de l'équation. Mais elle ne fait pas disparaître votre propre contribution. Votre signal doit quand même : quitter votre antenne → se propager → arriver chez lui → être suffisamment intelligible pour être décodé. Et surtout, votre correspondant doit vous entendre. Il y a même un paradoxe. Si quelqu'un dit : « Avec 5 W, tu n'as aucun mérite, c'est son antenne qui a fait le travail. ». On pourrait lui répondre : « Alors pourquoi est-ce que toutes les stations QRP ne sont-elles pas entendues systématiquement par les stations équipées d’une directive ? ». Parce que justement, une bonne antenne de réception ne suffit pas à créer une liaison lorsque le signal reçu n'est pas exploitable. Le correspondant peut améliorer énormément le bilan de liaison. Il ne peut pas abolir les lois de la propagation.

Cela révèle quelque chose d'assez subtil

Dans certains milieux, on a tendance à considérer que : puissance = mérite. Donc : 1 kW + beam + 25 m de hauteur = performance, alors que : 5 W + filaire/verticale = chance. C'est une vision assez réductrice du radioamateurisme. Car l'intérêt du QRP est justement de jouer avec la marge disponible dans le bilan de liaison. Et lorsque cette marge est faible, chaque élément compte :

  • propagation ;
  • choix de fréquence ;
  • moment du QSO ;
  • bruit ;
  • polarisation ;
  • antenne ;
  • adaptation ;
  • qualité de réception ;
  • habileté de l'opérateur ;
  • et, bien entendu, l’antenne du correspondant.

Et il y a une différence fondamentale entre ces deux attitudes. Le radioamateur intéressé par la technique dira : « Intéressant. Quel était son signal ? Quelle antenne avais-tu ? Quelle distance ? Quelle propagation ? ». Il cherche à comprendre pourquoi ça a marché. Alors que le radioamateur dominé par l'ego peut chercher à déterminer : « Qui mérite le mérite ? ». Et là, on quitte la technique pour entrer dans le statut. C'est précisément pour cela que cet exemple est très démonstratif. La bonne conclusion ne serait donc ni : « J'ai fait tout le travail avec mes 5 W », ni : « C'est le correspondant qui a tout fait ». Mais plutôt : « Nous avions deux stations très différentes, et malgré ces différences, les conditions ont permis de réaliser la liaison. » Et, à mon sens, c'est beaucoup plus conforme à l'esprit expérimental du radioamateurisme.

  • Le but n'est pas de savoir qui a "fait le travail".
  • Le but est de comprendre pourquoi la liaison a été possible.

Et c'est probablement là que se trouve une différence assez profonde entre le radioamateurisme comme pratique expérimentale, et le radioamateurisme comme pratique de reconnaissance sociale. Dans le premier cas, après un QSO inhabituel, on se demande : « Pourquoi ça a fonctionné ? ». Dans le second, on peut rapidement se demander : « Qui mérite le mérite ? ». Et ces deux attitudes peuvent produire des discussions complètement différentes. D'ailleurs, l’ exemple du QRP 5 W avec une antenne relativement simple est particulièrement intéressante : au lieu de minimiser le QSO, on pourrait justement le considérer comme une expérience radio intéressante, et chercher à en tirer des enseignements. C'est aussi ce qui me semble important dans une démarche autour des concours : analyser le résultat plutôt que simplement constater le classement. Un score, un QSO ou une performance devient alors une donnée permettant de comprendre et d'améliorer la station et le mode opératoire, plutôt qu'un moyen de se placer au-dessus des autres. Le radioamateur ne cherche plus seulement à pratiquer et comprendre, mais à être reconnu comme quelqu'un d'important.

Conclusion

Le radioamateurisme est, à la base, une activité qui se prête énormément au partage des connaissances. On apprend de quelqu'un, on lui transmet quelque chose, on lui explique une antenne, on lui donne une information de propagation, on partage une configuration informatique, on aide un débutant… Autrement dit : la progression individuelle repose énormément sur l'intelligence collective. Celui qui transforme progressivement son savoir en outil de domination finit donc par aller à l'encontre de ce qui fait justement la richesse du radioamateurisme.

Herve, F6UGW
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Ou moins : 0,5 w/1w/… 2 watts !