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En tant que responsable d’un radio-club, membre du conseil d’administration ou tout simplement membres actifs de votre association, vous vous êtes surement déjà posé cette question : Pourquoi les personnalités politiques se désintéresse-t-il du radioamateurisme ? C'est un phénomène assez général sur le rapport entre la politique et la communication publique. Voici donc quelques explications :

La logique de visibilité électorale :

Le sport coche des cases que le radioamateurisme ne coche pas pour un élu :

  • Émotion immédiate et partageable (une photo, un but, une victoire…).
  • Public de masse, toutes catégories sociales confondues.
  • Calendrier compatible avec l'agenda médiatique (matchs, compétitions, JO).
  • Symbolique facile : effort, dépassement de soi, unité nationale : des éléments qu'un discours politique peut récupérer sans connaissance technique.

Une activité technique comme le radioamateurisme demande, pour être commentée avec un minimum de crédibilité, de comprendre un peu le sujet. C'est un frein pour quelqu'un qui cherche un passage médiatique rapide et sans risque d'erreur visible. Pour compliquer les choses, le radioamateurisme possède une mauvaise visibilité :

  • Communauté relativement restreinte et vieillissante en France…
  • Pratique souvent solitaire ou en petit groupe, peu spectaculaire visuellement (Un opérateur devant son poste de radio ne fais pas une bonne image, contrairement à un terrain de sport).
  • Pas de fédération avec un poids médiatique comparable au CNOSF[1]
  • Mal connu du grand public, donc peu rentable politiquement : un élu gagne plus en se montrant à un match de foot qu'à un concours au sein d’un radio-club.

Le contraste avec d'autres pays :

Ce genre de comportement politique n'est pas universel. Aux États-Unis par exemple, certains élus locaux, ou même au Congrès, sont radioamateurs et le mettent fièrement en avant (L’ARRL fait du lobbying actif). Et pourquoi est-ce différent ? Parce que pour les américains la connotation patriotique et sécurité civile est bien plus forte qu'en France. En France, le REF a une force de frappe politique bien plus modeste. Et le patriotisme représente souvent en politique un aspect négatif : racisme, populisme, etc.

Le calcul "retour sur présence" à l’échelle d’un radio-club :

Pourquoi la vie associative d’un radio-club n’intéresses pas les élus (Ou très peu) ? Cette question concerne directement l’aspect local, et c’est encore plus parlant. Pour un élu, chaque déplacement est une mise en balance du rapport coût et bénéfice :

  • Un radio club, c'est souvent une trentaine de membres en moyenne (qui ne sont pas forcément tous originaire de la ville), peu de familles, peu d'enfants à montrer sur les photos, pas de public extérieur…
  • Un club sportif local, c'est des dizaines d'enfants, leurs parents qui votent, un gymnase municipal, des terrains de football, etc. financé par la commune à "rentabiliser" en présence, et une remise de coupes qui fait une bonne photo pour le bulletin municipal.

Concrètement : un radio club n'apporte ni voix supplémentaires visibles, ni image facilement exploitable.

Un élu qui visite un radio club se retrouve bien souvent devant une personne avec un casque sur la tête, parlant avec une codification particulière (Alphabet phonétique) ou pratiquant le Morse (CW), etc. ce jargon est pour lui… du charabia (?!:/) : il ne peut rien en dire de spontané, rien à serrer une main de manière symbolique, pas de "geste sportif" à mimer pour la photo. Le sport offre toujours une image immédiatement lisible (le ballon, le maillot, le podium). Le radioamateurisme, même expliqué simplement, reste abstrait pour qui n'y connaît rien : la propagation ionosphérique ou une conversation radiotéléphonique ne se met pas en scène.

Le poids historique des conventions municipales :

Les communes ont des lignes budgétaires, et des habitudes ancrées depuis des décennies pour le sport (subventions, conventions, mise à disposition de locaux), alors que beaucoup de radio-clubs survivent en marge grâce aux cotisations : souvent hébergés par tolérance plus que par véritable politique de soutien associatif, renforçant leur invisibilité institutionnelle. Cependant, tout n’est pas forcément négatif : certains élus se déplacent quand même, typiquement :

  • Si un membre du conseil municipal est radioamateur, ou ayant pratiqué une activité dans la radio : C’est très rare, mais cela existe.
  • Lors d'opérations historiques ou commémoratives comme : le concours des châteaux, ou une opération mémorielle (DDay, etc.), qui a une dimension récupérable politiquement.
  • Quand le club a un local municipal qu'il faut inaugurer, après avoir fait les travaux de remise en conformité (Subventionner par la ville), qu’il faut distribuer des coupes pour récompenser le plus jeune radioamateur, ou le premier à un concours particulier[2], ou pour renouveler une convention.

Confirmant l'idée que l'intérêt est souvent lié à l'occasion symbolique, plus qu'à l'activité elle-même. Le manque de reconnaissance politicienne – même si en apparence, la gestion d’une ville n’est pas forcément politique – peut être frustrant, lorsque l’on sait l'investissement que représente la vie d'un club (matériel, antennes, local à entretenir, animations pour le public) face à l'indifférence qu'on reçoit en retour. Voici quelques observations qui peuvent aider à comprendre, sans pour autant rendre ça moins agaçant :

Ce n'est pas spécifique à un club :

C'est un constat qui revient très souvent dans la revue Radio-REF, les bulletins du REF, sur les forums de radioamateurs : sollicitations envoyées, relances, parfois même invitation à un événement précis (JOTA[3], commémoration, exposition, etc.), et au final peu ou pas de retour des élus locaux.

La différence entre "répondre" et "se déplacer" :

Souvent les élus répondent poliment au courrier (accusé de réception, vœux de réussite) mais ne se déplacent pas. C'est révélateur : l'intérêt institutionnel minimal existe (On ne veut pas froisser une association), mais l'intérêt en image/retour électoral n'y est pas, donc pas de présence physique.

Ce qui marche parfois :

Quand des radio-clubs arrivent à faire venir un élu, c'est en général parce qu'ils ont raccroché leur activité à quelque chose qui parle directement à l'élu :

  • L’élu a été opérateur radio à l’armée.
  • Le lien avec la sécurité civile et les ORSEC (le radioamateurisme a un rôle reconnu en cas de catastrophe, coupure réseau, etc.) : ça parle à un maire soucieux de la protection de sa commune.
  • Une opération mémorielle datée (commémoration, anniversaire).
  • Inviter directement l’élu à participer, pas juste à venir visiter: demandez-lui de parler en VHF (voir en HF) avec un membre s’exprimant dans un langage clair et précis. S’il connaît les bases d’une liaison radio, invitez-le à passer un appel radio, ce qui devient une anecdote qu'il peut raconter[4].

Mais cela reste un pari, pas une garantie, et ça ne change rien au fond du problème : la vie associative technique et/ou scientifique n'a pas le même poids symbolique que le sport dans l'imaginaire électoral.

Conclusion :

Ce n'est pas une question de mérite ou de qualité de l'activité. Un radio-club actif a souvent plus de valeur réelle pour une commune (Lien social, transmission de savoir technique, rôle en cas de crise) qu'un classique entraînement de foot du mercredi soir. C'est une question de rentabilité symbolique immédiate dans une logique électorale : le sport offre une image instantanée, émotionnelle, à un large public. Le radioamateurisme demande un effort de compréhension que peu d'élus sont prêts à fournir pour un gain de visibilité jugé trop faible. Le constat est donc amer pour une association, mais il n’y a rien de péjoratif pour un radio-club. C’est simplement lié aux critères "court-termistes" qui pilotent la présence des élus dans la vie locale. Et historiquement, rien n'indique que ça changera spontanément : ça ne bouge que quand un club réussit à raccrocher son activité à un intérêt direct de l'élu (sécurité civile, mémoire, souvenir personnelle), pas en attendant que la reconnaissance vienne d'elle-même.

Hervé, F6UGW
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[1] Comité national olympique et sportif français (CNOSF)
[2] Et encore, cela n’est pas toujours évident.
[4] La différence entre une visite passive et un souvenir qu'il racontera : lui faire passer un QSO. "Monsieur le Maire, vous parlez avec un radioamateur au Japon" est une anecdote concrète qu'il peut réutiliser (réseaux sociaux, bulletin municipal). Ça transforme la visite en quelque chose qu'il peut raconter, pas juste subir (A condition que l'élu connaît l'Anglais ou le Japonnais).